FRAC CORSICA

DOMINIQUE DEGLI ESPOSTI - PLAN GENERAL

Corte, Salles d'exposition du FRAC, 10/01 - 10/02/2000



DOMINIQUE DEGLI ESPOSTI - PLAN GENERAL
Chaque année, le FRAC Corse consacre une exposition à un artiste de Corse.

Du 10 janvier au 10 février 2000, a été présentée Dominique Degli Esposti - Plan Général dans les salles du FRAC à Corte. Réactualisation de certaines pièces, présentation de pièces récentes, cette exposition propose une vision de son travail.
Scénographe - cinéaste - peintre - photographe, Dominique Degli Esposti est un artiste aux multiples talents. Son oeuvre est diverse et complexe.

Considérant la nature du travail de l'artiste, la présentation de Plan Général a nécessité un aménagement spécifique des espaces.

Aussi, cette exposition a été l'occasion de démontrer les liens qui unissent le FRAC et l'Université de Corse représentée par le Département des Arts Plastiques et Arts du Spectacle puisque professeurs et étudiants se sont impliqués dans cette opération et ont travaillé à la réalisation de la scénographie, sous la direction de José Tomasi et sur les indication du commissaire de l'exposition, Anne Alessandri et de l'artiste, Dominique Degli Esposti.

Superpositions et transparences

« A première vue, tout ne semble pas si complexe ; on pourrait trop rapidement classer Dominique Degli Esposti dans une catégorie de fabricants de belles images. C’est vrai, du reste, cet artiste utilise certains répertoires de signes et certains moyens qui relèvent d’expressions les plus traditionnelles de l’art.
Première confusion pour un public réticent à l’art contemporain et qui se précipite pour retrouver là la fantaisie, le savoir-faire et autre sensation confortable. Ce n’est qu’au bout d’un moment que ce public aura un doute quand une espèce de nausée et d’inquiétude le laissera finalement dans la même expectative que ce qu’il rejette ; pire, puisqu’il se sera trompé.
 
Dominique Degli Esposti est un autre et lui-même. Son travail illustre et restitue le vertige et les décalages qui font la vie et la falsification des sensations.
 
Sur la réalité, il pose le film transparent de l’imaginaire seulement impressionné de personnages irréels rêvés dans un moment de peur. Telles sont les photographies et les mises en scène, sortes de contes inachevés dont les figures enveloppées, emprisonnées de tissus vaporeux et lourds, plus ou moins serrés (jusqu’à l’étouffement ou la momification) sont seules et muettes.
Le costume est toujours gênant. Il perturbe la nature, il empêtre et magnifie la silhouette. En transformant une présence en signe, il digère l’humain, vide l’envers du masque.
 
Nous sommes en Méditerranée, dans la lumière, la montagne et la mer. Paysages hantés par la tragédie, résonnant de grandiloquence et du ricanement de la farce et de la parodie.
 
Les personnages de Dominique Degli Esposti sont parents de ceux de Fellini et de Pasolini. Ils sont nés dans une ambiance sixteen qui faisait une large place aux idées et à l’expression des pop artistes. A voir certains passages de Brusgiature, on pense à des films courts de Claes Oldenburg ou de Martial Raysse (que l’artiste n’a jamais vu).
En d’autres endroits, de grandes silhouettes sont sorties d’une mythologie baroquiste étrange et familière comme l’absurde, perdues, égarées, hors d’un contexte qu’on ne leur a pas assigné.
… Cette somptueuse robe jaune au bord de la mer, cette chasseresse de papillons sur des échasses…
 
Le souvenir est encombrant, n’en demeure que ce qui peut servir de prétexte à la constitution d’allégories sans noms. Figures de ceci ou de cela, Degli se rappelle les amours lus et vécus, l’enfance, Dieu (s’il a été un ange), avoir été cette ombre ou l’avoir vue, avoir été ému par telle couleur, s’être moqué de presque tout.
 
Et c’est dans ce morcellement des images et des émotions qu’il vit et produit quelque chose à cette ressemblance. Répétitions de romances, cocasseries baroques, exposition de troubles.
Il n’y a pas de flous artistiques mais des scènes aussi nettes et précises qu’elles sont supposées.
 
Dans une déploration des enchantements, Dominique Degli Esposti organise la solennité de rites et de « mystères » transgressifs : crucifixion d’une femme, annonciation à un éphèbe rocker, consécration de verres en Pyrex, ascension d’une chaise, apparition d’un hermaphrodite.
 
La maison de l’artiste est devenue progressivement un laboratoire d’effets spéciaux avec des moyens dérisoires (lampes de poche, fil de fer, pinces à linge) qui transforment et transcendent le quotidien de manière burlesque. Illuminés, les objets usuels révèlent des transparences et des allusions et restent cependant pauvrement emprisonnés dans leur fonction reconnaissable.
 
L’intimité du lieu et des choses est fouillée. La pénombre de la vieille maison corse hantée de désirs et d’interdits devient le cadre d’une symphonie kitsch accidentée de détails triviaux. Tout cela n’est pas vrai. Mais tout cela n’est pas moins vrai que le reste. C’est choisi, fabriqué, échappé d’une histoire non écrite. Quelques fois, c’est délicieux et désespérant comme la quête d’un sens.
L’esthétisme alourdi d’un excès de repères et de citations (histoire de l’art, littérature, cinéma) fait la démonstration de la vacuité des formes qui ne proposeraient que des évocations du beau.
Car toutes ces manipulations d’images et d’objets ne visent pas à donner des plaisirs mais du malaise. Alors que l’artiste utilise la panoplie de la séduction.
 
Sophistication extrême et attention émue de la nature se répondent et se sauvent l’une l’autre de la conformité.
 
L’artiste superpose avec candeur et subversion de vrais – faux clichés pour des images qui veulent se faire aimer du plus grand nombre et qui y parviennent finalement parce qu’il est toujours possible d’y reconnaître quelque chose de vécu, d’espéré ou de redouté et d’en rire, parce que l’expérience de chacun est tissée de sensations confuses, fraîcheur de l’innocence originelle, rêves, cauchemars.
 
Vanités ? Pourquoi pas. C’est la proposition de Degli Esposti : pourquoi ne pas confondre tout au moins faire cohabiter littéralement l’imaginaire et le quotidien ; il faut quand même trouver sa place au monde entre le fantasme, les lois et les caprices de la nature, entre le début et la fin. »
 
Anne Alessandri
Directrice du FRAC Corse

           


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