FRAC CORSICA

LA CONDITION HUMAINE, SIMONETTA FADDA. 22.10.2018 / 25.02.2019

LA CONDITION HUMAINE est l’exposition que le FRAC présente, à Corti, en deux temps avec Leonard  BOSCANI du 10 juillet au 10 octobre 2018 et Simonetta FADDA du 22 octobre 2018 au 20 janvier 2019, deux artistes présents dans la collection. Le titre indique leur champ d’observation, d’analyse, de travail et d’action.



En général, dans mon travail, j’ai toujours mis au premier plan la vidéo comme médium et le spectateur comme élément actif de l’oeuvre. Simonetta Fadda.

Le FRAC Corsica présente 4 œuvres vidéo de Simonetta Fadda dont l’installation Cantiere, sous une forme inédite. Pour l’exposition, l’artiste a réalisé des photographies, des dessins et une œuvre qui a trait à la sculpture Mots génétiquement modifiés, développant un aspect totalement nouveau de son travail dans lequel elle donne forme à son approche du langage. Elle s’inspire des nouvelles façons de parler nées de l’usage d’internet.

Simonetta Fadda a étudié la philosophie à Berlin où elle a commencé à utiliser la vidéo dès les années 80 en même temps qu’elle s’est intéressée à l’histoire de ce médium. Elle a ensuite exposé en Italie et en France. En 1999 est paru Definizione Zero, Origine della videoarte fra politica e comunicazione dont elle est l’auteure, ouvrage de référence qu’elle a actualisé par une publication en juillet 2017.

La connaissance et l’analyse théorique sont liées à la pratique et à l’expérience dans le travail de Simonetta Fadda. C’est un travail très consciemment élaboré et savant auquel les qualités d’exigence intellectuelles n’enlèvent pas la spontanéité et la réactivité par rapport au réel tel qu’il se présente. Jamais il n’y a de confusion possible avec les objectifs ni de recherche d’effets qui relèveraient du cinéma ou d’un autre moyen. C’est pour tout ce qu’il peut offrir autant que pour les limites qu’il impose que l’artiste travaille le médium vidéo : restituer la vivacité et la fugacité du présent, la trivialité du vécu quotidien. Les outils sont légers, intimes.

Simonetta Fadda filme au rythme de ses découvertes. Elle marche, elle enregistre, elle ne regarde pas toujours dans le viseur. Ce n’est pas toujours possible. Elle n’agit pas comme témoin, ni espion mais comme voyeur. Elle a même perverti l’usage de la télé surveillance. Pour l’artiste, tout ce qu’il est possible de voir alimente la pensée, en l’occurrence une pensée critique plutôt dure, subversive qui n’exclut pas l’émotion mais la suggère. En général cette émotion nait en même temps que l’analyse de situations, provoquée par les sujets abordés et le mode représentation choisi. Le point de vue renseigne sur le contexte. Par exemple, l’oeuvre Caccia al topo 2001/2004 est filmée, clandestinement, juste avant la tenue du G8 à Gênes en juillet 2001. On y voit les ouvertures souterraines, dans toutes les rues, scellées pour empêcher la fuite (l’issue ou la sortie). Un dispositif qui révèle la stratégie des forces de l’ordre anticipant la violence d’affrontements qui furent tragiques.

Cantiere 1992/2015 s’étend sur la durée d’un chantier pharaonique de réaménagement et de construction dans le centre historique de Gênes. Simonetta Fadda a vu et saisi son évolution de sa fenêtre. Des années de prise de vue et la précision du montage en restituent les conditions : la chaleur, le labeur, les interruptions dues aux intempéries, celle plus longue suscitée par la découverte des ruines d’un théâtre romain finalement recouvertes. Et le quotidien des ouvriers… la disproportion entre leurs petites silhouettes et le gigantisme du chantier évoque la construction des pyramides. L’agilité, le savoir-faire de ces jeunes hommes, les efforts, les prises de risques insensées, l’endurance, les moments de détente… on est au spectacle de la vie et du travail. S’installe d’elle-même une dimension épique. Le temps est à l’oeuvre ce n’est pas celui de l’observation curieuse des documentaires floraux ou animaliers qui précipitent l’éclosion d’une corolle ou la gestation d’un oeuf de batracien. Avec Simonetta Fadda c’est le temps représenté qu’on perçoit. Il est plus réel que celui de la continuité. Il transforme et il agit profondément presque invisiblement.

 
Anne Alessandri, 2018.



Simonetta FADDA vit et travaille entre Savone et Milan. Elle est vidéaste et théoricienne des médias (photo, cinéma, vidéo, son technologique) et enseigne à l’Ecole des Beaux-arts de Milan (Brera) et à l’Ecole du Cinéma et de la Télévision Luchino Visconti (Milan). Son travail est focalisé sur la dynamique du regard dans l’époque contemporaine par rapport aux rituels sociaux avec une approche anthropologique fortement critique.

Simonetta Fadda animera un Workshop et donnera une conférence sur son travail de vidéaste et d’historienne de la vidéo qui aura lieu à Bastia.
La rencontre de cette artiste avec des élèves sera pour eux une expérience formatrice. Enseignante au niveau universitaire, Simonetta Fadda sait aussi intéresser un auditoire large.

Vernissage le 22 octobre 2018 à 18h.


MOTS GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS

Rien n’est plus à même de révéler la réelle condition humaine des personnes qui vivent dans une période culturelle déterminée, que le langage utilisé dans cette période historique.
Le vécu personnel, la vie des relations et les hiérarchies sociales se reflètent dans le langage d’usage et le conditionnent, le pliant aux exigences pratiques qui se manifestent au niveau matériel.
Rien cependant ne change aussi rapidement que le langage. Alors tandis qu’ils sont utilisés, les signifiants conservés des mots se modifient imperceptiblement, se modelant pour s’adapter aux exigences de ceux qui parlent. Naissent des néologismes qui progressivement se substituent aux paroles devenues désuètes. Dans l’indifférence générale, certains termes arrivés dont ne sait d’où s’affirment tandis que d’autres disparaissent.
Normalement il s’agit d’un processus qui se développe dans le temps et concerne plusieurs générations. Habituellement, du reste, personne ne s’en rend compte à l’exception de ceux qui révisent les dictionnaires.
Il est moins coutumier en revanche qu’un terme au-delà de sa signification traditionnelle en acquière une autre, se dédoublant pour traverser d’autres champs sémantiques
Au lieu de disparaître en laissant le pas à un nouveau mot, ce même terme devient double, une espèce de monstre à deux têtes dans lequel cohabitent deux significations si divergentes qu’elles entrent en collision créant des quiproquos communicatifs. Seul le contexte discursif aide à faire la lumière sur ce qu’est la signification attribuée d’une fois à l’autre à ce terme… Parfois même pas s’il n’y a pas des «attachés aux travaux ».

Aujourd’hui nous nous sommes habitués à ces anomalies particulières du langage, inimaginables il y a peu de temps encore. Surtout, nous ne nous en étonnons pas, parce qu’au fond, nous sentons que ces paroles anormales nous sont très commodes. Ce sont des mots qui permettent de ne pas percevoir le poids des changements profonds que nous sommes en train de traverser. Malgré nos mouvements quotidiens vers des territoires inexplorés, nous faisons semblant d’être encore où nous en étions il y a un siècle.

Au fond, nous savons pourtant parfaitement qu’aujourd’hui chacun de nous vit dans le même temps dans deux espaces équivalents entre eux : celui « physique » dans lequel nous somme immergés avec le corps et celui « virtuel » dans lequel nous entrons sans nous en rendre compte chaque fois que nous recourrons à une forme de communication ou d’information quelle qu’elle soit, parmi celles disponibles par voie électronique.
Quand nous téléphonons ou envoyons un message par téléphone portable, quand nous utilisons la poste électronique, ou bien quand nous envoyons des images sur un des nombreux réseaux sociaux ou encore quand nous recueillons des informations en consultant une encyclopédie ou un quotidien en ligne… peut-être décidons-nous aussi de surfer sur les réseaux pour regarder un film ou écouter la musique qui nous plait… dans toutes ces situations nous entrons dans un monde parallèle à celui de notre corporalité.

Un monde qui ne se substitue pas tout à fait au monde dit « réel » mais qui l’amplifie, l’étend, le matérialise, stimulant dans nos nouveaux comportements, au niveau subjectif.
Il est clair, alors, que dans cette situation même les mots que nous utilisons doivent refléter notre nouvelle condition humaine qui permet l’ubiquité, toujours à cheval entre deux mondes. Pour cela quelques mots ont acceptés d’être clonés faisant la lumière sur leurs propres doubles génétiquement modifiés comme les tomates ou le maïs que nous trouvons sur nos tables sans rien savoir de leur structure intrinsèquement diverse.

Comme les organismes, les mots génétiquement modifiés ne présentent pas de différences avec leurs homologues traditionnels. C’est seulement dans des contextes linguistiques déterminés en fait, qu’ils révèlent leur nature de clone parce que seulement dans ces cas-là leur signification se révèle extrêmement différente de celle habituellement usitée par tous.
En parlant, certaines personnes, les moins averties et peu accoutumées à entrer dans les espaces parallèles du virtuel, tombent dans la confusion. Les autres s’emparent avec insouciance des nouveaux signifiants, parce qu’ils sont rassurés par leur apparence trompeuse qui fait (cependant) allusion à des contenus sémantiques dotés d’une valeur sociale et linguistique bien différente. Ainsi ceux qui en parlant aiment sauter du monde réel au virtuel et vice versa peuvent continuer à le faire allègrement sans prêter attention aux mots utilisés dans un sens ou dans un autre parce que le langage est ductile et de toute façon, il les accompagnera toujours dans leurs péripéties.
 

Simonetta Fadda, 2018


           


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